- Maria, tu t'es rendue à Burayu en Ethiopie une huitaine de jours en novembre 2019 puis tu y es retournée en janvier 2020. Quelles informations en as-tu ramenées ?
   B78 P6 4Mes visites à l'orphelinat de Burayu , ce sont de belles rencontres avec les jeunes, le personnel et les responsables de l'orphelinat. Comme à chaque fois, ce sont toujours des moments très intenses qui me permettent d'apprécier comment les enfants grandissent et progressent.

-Combien y a t il d'enfants à Burayu ?
   La structure SOSEE regroupe et prend soin de 242 enfants (151 garçons et 91 filles)
Dans l'orphelinat il y a 100 enfants dont dix ont quelques particularités (quatre malentendants, quatre ayant un retard de développement intellectuel, un handicapé physique et une handicapée mentale). Neuf d'entre eux sont scolarisés dans des institutions spécialisées. Trente enfants sont séropositifs.
   A l'extérieur de l'orphelinat, à proximité de l'orphelinat 142 enfants sont placés dans 66 familles d'accueil, 36 habitent dans des maisons louées au plus près des écoles, 27 jeunes séropositifs dans des maisons louées à Burayu et 13 placés avec leur famille proche à proximité du centre. Tout est pris en charge par SOSEE dont notre association est partie intégrante.
  B78 P9 5 Tous les enfants vont à l'école dans la ville de Burayu sauf pour certains qui se rendent dans des écoles spécialisées (les enfants sourds) et d'autres jeunes sont en université soit dans la capitale Addis Abeba ou dans d'autres grandes villes. Cette année, 25 jeunes sont sortis de la structure avec un emploi en poche.

- Y a-t-il des nouveaux venus ?
   Burayu a accueilli 19 nouveaux enfants de l'orphelinat au village appelé Gelan qui a fermé par manque de moyens financiers. Ils se sont bien adaptés à Burayu et relativement vite. C'est curieux de voir de nouveau des enfants si jeunes dans nos murs. Il a fallu réorganiser les dortoirs et les équipes, renforcer un peu le staff des baby sitters et des cuisinières.
   Dans l'ensemble de notre orphelinat, il y a 57 enfants séropositifs, Ils ont pour la plupart des problèmes de stress et certains sont dépressifs. "Notre prochain challenge sera de permettre à ces jeunes de s'épanouir en leur apportant l'aide spécifique nécessaire". Il existe en Ethiopie des ONG spécialisées qui prennent bien charge ces jeunes sous forme d'actions de formations et d'aides psychologiques. Nous avons déjà des contacts avec AHOPE Ethiopia.

- Tu as rencontré quelqu'un qui s'est proposé déjà de les aider. Qu'est ce qui est mis en place ?
   Oui, un jeune (28 ans) qui a grandi au Toukoul puis à Burayu, Abraham, a brillamment réussi ses études de médecine. Il y a un an, il a décidé de créer un programme d'éducation thérapeutique afin d'aider les adolescents séropositifs au sein de l'orphelinat de Burayu. Il se sent très investi car il considère ces adolescents comme ses frères et sœurs. Il a été lui aussi à leur place et comprend leurs craintes, leurs désirs, leur façon d'appréhender la vie.
   Lors de notre entretien, il tient vraiment à me faire comprendre le mal être des enfants séropositifs.
   Il s'est rendu compte que les enfants ont beaucoup de fausses croyances à propos de leur maladie : « Le SIDA serait une punition de Dieu, rien ne sert de prendre le traitement, il faut boire de l'eau bénie pour guérir ». .
    Les enfants sont très mal informés à propos de leur maladie. Beaucoup d'enfants séropositifs ne prennent pas leur traitement, et d'autres ne le prennent de façon irrégulière. Cela impacte négativement leur santé physique et par conséquent leur état mental. Leurs performances scolaires se dégradent. Ils développent des comportements apathiques voire des dépressions. C'est d'autant plus dommage que le nouveau traitement anti-VIH a l'avantage de ne nécessiter qu'une seule prise de médicaments par jour, et a nettement moins d'effets indésirables que l'ancien traitement. Néanmoins, il existe un risque de développement de résistances s'il n'est pas pris convenablement, d'où l'intérêt d'obtenir une observance optimale.
  B78 P8 1 À l'intérieur de l'orphelinat, les enfants ne ressentent pas les différences ethniques inhérentes à la société éthiopienne, mais une fois sortis de l'orphelinat ils y sont confrontés et c'est un facteur de stress supplémentaire pour eux.
   Abraham se rend à Burayu toutes les deux semaines, le week-end (le samedi ou le dimanche), en fonction de son jour de repos. Le programme compte désormais 24 adolescents.

- As-tu constaté des besoins nécessaires actuellement à l'orphelinat ?
   Le directeur de l'orphelinat Tamiru a demandé si possible de nouveaux matelas , du savons pour se laver, du shampooing, des draps, des cartables et des sacs pour protéger les vêtements des jeunes qui vivent en famille d'accueil.*

- Quelle est l'ambiance entre les jeunes et le personnel de l'orphelinat ?
   Je dois dire tout d'abord que je suis très admirative envers le personnel qui fait tout son possible pour encadrer ces jeunes dans les meilleures conditions possibles. Tous et toutes sont admirables des cuisinières aux personnes qui font la lessive en passant par celles qui s'occupent des vaches pour avoir du bon lait ou du mécanicien pour les réparations dans les bâtiments.
   Même si la paye est parfois un peu chiche, leur engagement 24 heures sur 24 est entier pour que les jeunes vivent au mieux . Tout est fait pour qu'ils progressent et grandissent comme s'ils avaient une vraie famille. Burayu, c'est un lieu sécurisé pour tous ces jeunes !

-- Comment les jeunes occupent-ils leurs loisirs ?
   Le sport est un moyen positif et sain pour le développement de ces adolescents. Tous doivent brûler de l'énergie et après l'école le football est leur principal sport.
   Le terrain de basket à l'intérieur de l'orphelinat est impraticable car il est très dégradé. Un devis doit nous donner le coût de la réparation.
  Certains ont demandé des gants de boxe, d'autres des équipements de football. Ce ne sont pas des choses impossibles à trouver.
   On essaye de tout mettre en œuvre pour qu'ils puissent s'exprimer... quelques jeunes sont de très bons dessinateurs et la danse qui fait partie intégrante de la culture éthiopienne est aussi très développée particulièrement lors des fêtes .

- Que devient le potager dont nous avions développé la création dans notre dernier bulletin ?
   Dans cet espace libre proposé aux jeunes et protégé par eux, ils ont planté des fleurs et des légumes (choux, bettes, épices pour le café, etc.) et ont construit des bancs en rondins de bois. A cette occasion ces terrains inutilisés ont été nettoyés et défrichés.

- Comment va Fraol ?B78 P8 2
A chaque visite, je constate qu'elle progresse. Elle qui était autrefois condamnée à rester assise attachée sur une chaise, tient maintenant debout et réalise quelques pas si elle est soutenue. Le kinésithérapeute vient la voir ainsi que plusieurs autres enfants trois fois par semaine. Il aurait besoin d'une lampe infrarouge et fait un appel pour la trouver.

- Maria, quelles sont tes conclusions ?
   A Burayu, c'est un vrai défi et un réel souci d'accompagner chaque enfant et chaque jeune pour devenir un adulte responsable et bien dans sa tête.
   Merci beaucoup pour toute l'aide des parrains et donateurs. Les résultats sont très encourageants.
   Les enfants ont besoin de nous tous et ils comptent sur vous !

* Grâce aux dons affectés à Burayu, et à la générosité de nos donateurs, notre association a répondu aux demandes pressantes de la direction de SOSEE en matelas, draps, shampoings cartables.... et, comble de bonheur, c'est grâce à un mécénat d'entreprise que le terrain de basket sera refait complètement . Merci à tous.